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Capté pour vous dans BEAUX ARTS
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Avril 2025 | Temps de lecture : 28 Min | 0 Commentaire(s)

Mouvements non perpétuels

Il y avait eu dans les années 1990 encore la génération de Pierre Huygue, Dominique Gonzales-Foerster, Philippe Parreno, Liam Gillick et Carsten Höller. Ils avaient des échanges verbaux animés et enflammés autant que des projets communs et des expos collectives. Il y a bien sûr eu encore un mouvement en 2008, un mouvement post-internet initié par Marina Olson mais sinon ? Où sont passés les mouvements artistiques ? C'est la question essentielle que se pose en forme de coup de gueule Nicola Bourriaud dans Beaux Arts. Il en vient à décrire toutes les modalités de la solitude qui se développe alors que paradoxalement le réalisme économique conduit les artistes à partager ateliers et outils de production. Une manière de faire cohabiter des individualismes.

Illustration : Un atelier aux Batignoles de Henri Fantin-Latour (1870)

Un atelier aux Batignoles de Henri Fantin-Latour (1870)

 

Venez comme vous êtes

À l'occasion de la sortie de l'anthologie Pas de publicité de l'agence BETC

La publicité est-elle un objet culturel à part entière ? C'est ce qu'estime Rémi Babinet au vu des créations de son agence BETC dont il publie une anthologie. Classé par Forbes parmi les 10 plus grands directeurs de création de tous les temps, Rémi Babinet rivalise avec les géants américains comme DDB et Ogilvy. Son agence a même été classée « Best in the World » par le WARC Creative 100 qui sont à la création publicitaire ce que les Oscars sont au cinéma. À l'occasion de la sortie de son nouveau book d'agence en forme d'anthologie de 1296 pages, Babinet fait le point sur  la place de la publicité dans la société. L'objet, lui-même, offre un échantillon gratuit de deuxième degré, sa couverture orange flashy étant flanquée de la mention « Pas de publicité merci ». L'homme lui même n'a rien des clichés du publicitaire de Madison Avenue ni d'Octave du 99 francs de Beigbeder. Il est une publicité vivante pour un de ses slogans les plus célèbres, le cultissime « venez comme vous êtes » de McDonald's. Papa des bébés Evian, il éprouve une fierté légitime à voir ses rejetons se classer encore  quinze ans plus tard en tête du hit parade des pubs préférées du public. Sa suite « Live young » compte déjà 180 millions de vue à ce jour. Parti pour enseigner la littérature, Rémi Babinet avait néanmoins consacré son mémoire d'étudiant à Francis Ponge. De l'auteur du Parti pris des choses, il aura certainement appris que l'on peut regarder la publicité comme une forme particulière de poésie chosiste. La pub serait-elle un art pour Babinet ? Il évite les poncifs mais ne manque pas de souligner que son agence a très tôt programmé le groupe Justice dans ses soirées musicales Panik à l'Élysée-Montmartre avec à la clé des collaborations nées de ces rencontres entres annonceurs et musiciens. Et c'est sur le même ton qu'est évoquée l'intervention de Michel Gondry dont il avait rêvé pour Air France. Fin du fin, l'architecture en kiosque de son agence de 20 000m2 abrite un centre de création de 800 m2 dédié à des résidences d'art contemporain et des expositions ouvertes à tous. La publicité selon Babinet ne se prend par pour un art. Elle est l'art de donner une visibilité à l'art

Illustration : Affiche Lagerfeld pour la Délégation à la sécurité routière par BETC  (2008)

Affiche Lagerfeld pour la Délégation à la sécurité routière par BETC

 

50 ans de Métal

À l'occasion du festival de bande dessinée d'Angoulême placé sous le signe des 50 ans du magazine Métal Hurlant

Pour fêter ses 50 ans, Métal Hurlant se déclare fièrement « déjà immortel ».  Il est vrai que ce magazine culte de la BD des années soixante-dix et quatre-vingt a réussi à renaître deux fois de ses cendres. Un coup d'essai, coup dans l'eau, entre 2002 et 2004. Et un nouveau départ en fanfare en 2021. Métal a été créé en 1975 par trois transfuges de Pilote, Jean-Pierre Dionnet et les deux génies du crayon que sont et furent Philippe Druillet et Jean Giraud. Ce dernier qui signait sobrement Gir sa série culte Blueberry en profita pour changer d'identité et se muer en Moebius au départ de cette nouvelle aventure. Car le ton allait être radicalement différent de celui qu'ils avaient contribué à perpétrer aux côté de Goscinny et Uderzo, les créateurs du somme toute bien sage Astérix. Même si Pilote savait se montrer underground et frondeur plus que de raison comme l'annonçait son slogan provo « le journal qui s'amuse à réfléchir ». Mais on n'en passait pourtant pas moins de l'adolescence à l'âge adulte. Les pouvoirs publics ne s'y trompèrent pas qui interdirent la vente de Métal Hurlant aux mineurs en septembre 1976. Moebius marqua d'entrée le territoire du magazine en l'inscrivant dans la SF dès la création de la couverture du numéro 1. Bilal, Gal, Corben…les chéris undergrounds de Dionnet contribuèrent au succès de Métal en même temps qu'ils en affirmèrent le style. Sur le plan graphique, Métal Hurlant ne connaît aucun équivalent . Seul avec Arzach ou flanqué du sulfureux Alajandro Jodorowsky pour l'Incal, Moebius épure son trait pourtant si prolixe dans ses années Blueberry. Druillet, à l'inverse démultiplie les siens à foison dans Lone Sloane jusqu'à exploser le cadre de la BD. L'avènement de Druillet au titre de rédacteur en chef du magazine ouvre ses portes à de nouveaux auteurs de Margerin à Schuiten en passant par Hé, Crespin, Gillon et Got. Peu représentée dans cet univers de science fiction et de hard rock, la gente féminine se réduit à un power trio Montellier, Clavelou et Cestac qui commettra entre 76 et 78 le trimestriel Ah ! Nana ! En plus de ses contributions à l'œuvre collective de ces messieurs. La science fiction se mâtine de polar mais se fait aussi encore plus rock avec l'arrivée de Philippe Manœuvre qui coïncide avec la sortie de versions américaine, allemande, espagnole et italienne du titre à l'entrée des années 80 qui voient également débarquer Hugo Pratt et Charles Burns, paire d'as remarquables du crayon. La première mort de Métal Hurlant demande à être lue, selon Jean-Luc Fromental, un de ses derniers rédacteurs en chef, comme la conséquence de son succès. Métal a été victime de l'embourgeoisement et l'officialisation des cultures alternatives qu'il avait promues. Et l'époque n'était plus aux magazines mais aux albums. Adieu donc aux salles de rédaction enfumées et bienvenue au écrans d'ordinateurs solitaires dignes d'une SF des années 70 ! Mais l'essentiel est acquis. Le ver de Métal est dans le fruit. De Mad Max à Star Wars en passant par Dune et Alien, son rayonnement au cinéma prouve que le style Métal Hurlant est bien immortel. Trop grand pour une revue aussi grande gueule soit-elle. À voir.

 

Illustrations : Arzach de Moebius et Lone Sloane de Philippe Druillet

04_Lone Sloane de Philippe DruilletArzach de Moebius

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