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Avril 2025 | Temps de lecture : 27 Min | 0 Commentaire(s)

Images de l'Apocalypse

à l'occasion de la grande exposition Apocalypse hier et demain de la Bibliothèque nationale de France (du 4 février au 8 juin)

Le mot d'origine grecque « apocalypse » a très tôt, dans les cultures juive et chrétienne, vu son sens de « dévoilement », « révélation » passer au second plan pour se faire synonyme du couple « anéantissement », « renouveau ». Les récits apocalyptiques succèdent ainsi à celui de la destruction du temple de Jérusalem et de l'exil à Babylone. Ils trouvent leur forme canonique dans les sept visions de l'Apocalypse de Jean. Ces « tableaux » croisés avec ceux de l'Apocalypse selon Mathieu et d'autre apocalypses apocryphes non retenues par l'église, donnent naissance à une vision largement répandue dans le monde chrétien  du Jugement dernier et de l'enfer. Un art apocalyptique est ainsi né vers la fin du IVe et au début du Ve siècle. Les motifs sont réduits à des figures symboliques dans les mosaïques romaines. Mais les miniaturistes médiévaux ne se privent pas d'illustrer toutes les descriptions de Jean. Des quatre vivants, homme, lion, taureau, aigle, aux quatre cavaliers en passant par les anges sonnant de leur trompette et le glaive sortant de la bouche du Christ. C'est depuis l'Espagne et l'illustration de l'Apocalypse du moine Beatus de Liebana que se répand l'imagerie la plus saisissante de l'époque. Croisée à des sources orientales, elle se trouve à l'origine des illustrations du tympan de l'abbaye Saint-Pierre de Moissac. Appartient également à cette tradition fondatrice, le Beatus de l'abbaye gasconne de Saint-Sever. C'est depuis ce temps que les anges divins sont représentés avec des ailes d'oiseau. Alors que ses anges à lui en sont dépourvus et sont représentés nus, Satan est figuré comme un personnage à la face hideuse, la peau sombre avec des mains et des pieds démesurés. On retrouve ici la représentation de l'ennemi héréditaire venu du sud répandue dans l'Egypte des Pharaons. Et si le prince des ténèbres revêt des ailes dans l'iconographie médiévale, ce sont des ailes de chauve-souris assorties de membres velus, de cornes ou d'oreilles pointues. Il n'est par ailleurs pas d'enfer sans flammes. Si les images des divers supplices par le feu foisonnent dans le Moyen Age chrétien, ce dernier n'en a de loin pas le monopole . Plusieurs termes désignant l'enfer dans le Coran sont ainsi des synonymes de feu. Et les supplices par les flammes se retrouvent également dans les vingt et un enfers hindous et dans huit des seize enfers de la cosmologie du bouddhisme tibétain. Les enlumineurs médiévaux popularisent également la figure du Léviathan dont la gueule incandescente figure la porte de l'enfer. Représentée dans le Jugement dernier de Lucas de Leyde, elle apparaît également dans les mythiques Quatre Cavaliers de l'Apocalypse de Dürer. La sophistication dans la torture monte encore d'un cran dans Jardin des délices de Jérôme Bosch. Pour dérisoires qu 'elles peuvent nous paraître aujourd'hui, les figures démoniaques médiévales semblaient alors effrayantes en une époque obsédée par la mort, la guerre, la peste et la famine. Après une éclipse de deux siècles au temps des Lumières, la figure du démon ressurgit dans toute sa bestialité avec le romantisme noir. Mais c'est un Satan d'autant plus troublant qu'il est quasi humain aux ailes et griffes près que peint Delacroix pour illustrer le Faust de Goethe. Le diable ne quittera plus le devant de la scène. Bête sans ailes au regard d'homme chez Füssli, il se fait danseur chevauchant une mêlée de corps de damnés nus entremêlés dans les Trésors de Satan de Jean Delville. La porte est ainsi ouverte à toutes les représentations de la bête immonde que proposeront les films d'horreur de notre modernité. Le thématique de la guerre y est souvent fondue à la figure satanique. De la Guerre du Douanier Rousseau, apparaissant sous les traits d'un cavalier de l'apocalypse, aux images photographiques d'Auschwitz, Hiroshima ou Tchernobyl. L'Apocalypse n'est plus une fiction d'essence religieuse à laquelle sa représentation donne vie, elle est devenue une réalité athée dont l'art n'a plus qu'à témoigner.

 

Illustration :  Jardin des délices de Jérôme Bosch (1490-1510)

Jardin des délices de Jérôme Bosch

 

Images diabolisées

à l'occasion du travail de mémoire du Musée national Picasso-Paris sur l'exposition L'Art dégénéré organisée à Munich en 1937 intitulé L'art dégénéré : le procès de l 'Art Moderne sous le nazisme (à partir du 18 février)

Les corps qui brûlent dans les enfers trouvent un écho presque aussi sinistre dans les autodafés d'œuvres d'art modernes jugées dégénérées pat le régime nazi en 1936. Peintre frustré, Hitler détestait l'avant-garde que ses idéologues sont allés jusqu'à assimiler à une maladie mentale. Ils ont pu s'appuyer en cela sur l'ouvrage intitulé Dégénérescence  écrit par Max Nordau en 1892 ainsi que sur Art et race publié par Paul Schultze-Naumburg et l'Assainissement du temple de l'art de Wolfgang Willrich paru en 1937. Le tout pour aboutir à une définition de l'art pur de race allemande. Les exemples à ne pas suivre étaient notamment l'Arlésienne de Van Gogh et Femme s'essuyant les pieds de Picasso. Le résultat de cette mis au ban est impressionnant : ce ne sont pas moins de mile quatre cents artistes qui furent insultés, livrés à la vindictes, limogés de postes d'enseignants, interdits d'exposer, menacés physiquement ou contraints à s'exiler entre 1933 et 1945. Et quelque vingt mille œuvres sont décrochées, confisquées, détruites ou soumises à des exposition diffamatoires dites « expositions de la honte » dont l'exemple le plus sinistrement célèbre restera « Art dégénéré ». À ce carnage des œuvres d'artistes expressionnistes, dadaïstes, surréalistes, cubistes, fauves ou tout bonnement modernes ont miraculeusement survécu quelques dizaines de toiles dont une trentaine est réunie aujourd'hui par le Musée national Picasso-Paris. Mais de nombreux tableaux n'ont pas eu cette chance, ce qui eut des conséquences funestes comme le suicide en 1938 du peintre Ernst Ludwig Kirschner, cofondateur du groupe Die Brücke qui avait donné près de mille tableaux aux musées allemands. Ce sont naturellement les artistes juifs comme Marc Chagall, Hans Ludwig Katz, Jankel Adler, Ludwig Meiner ou Otto Freundlich qui essuyèrent le attaques le plus virulentes, ce dernier ayant été déporté et assassiné à Sodibor. En avance sur leur époque par leur art, les peintres persécutés par le pouvoir national-socialiste ouvrirent ainsi aussi tristement la voie au massacre d'une grande partie de leur public.

 

Illustration :  La Rue d'Ernst Ludwig Kirschner (1913)

La Rue d'Ernst Ludwig Kirschner

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